Au-delà des mots, le cinéma de Joachim Lafosse : filmographie de Joachim Lafosse

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La filmographie de Joachim Lafosse est déjà dense : 7 longs métrages en 15 ans.

Valeur forte du cinéma contemporain, Joachim Lafosse voit sa carrière monter en puissance et bénéficier d’une reconnaissance, tant nationale (Magritte 2013), qu’internationale (Prix d’interprétation féminine d’Emilie Dequenne – Cannes 2012).

Ce jeune cinéaste, né en 1974, témoigne d’une volonté affirmée de se frotter sans manichéisme à des sujets âpres et complexes, que d’aucuns jugent tabous, pour les rendre plus accessibles. Adepte de sujets forts, sa filmographie est peuplée de personnages souvent monstrueux, dont il cherche à comprendre les motivations. Comme on le sait, « la route de l’enfer est pavée de bonnes intentions ». Au cœur de ses films se succèdent des personnages souvent psychotiques, qui pensant faire le bien, sèment les graines du mal. Tout est question de « limites » dans le cinéma de Joachim Lafosse.

Folie privée et A perdre la raison mettent en scène des monstres, au sens littéral du terme. L’important n’est pas d’expliquer leur infanticide, mais de s’interroger sur les raisons qui les ont amenés à le commettre. Comment cet homme et cette femme, semblables à nous, animés de bonnes intentions, transgressent nos limites, des limites qui leur font défaut. Le père de Folie privée ne parvient pas à se défaire du lien qui l’aimante à sa famille. De même que les deux frères de Nue propriété, incapables d’assumer l’autonomie qui leur est imposée, transforment leur amour en violence.

On retrouve cette notion de « limites » dans toute l’œuvre de Lafosse, et en particulier dans Élève libre. Le cinéaste s’intéresse aux questions de la transmission et de l’éducation entre un adulte et son jeune élève. Qu’est-ce que l’on transmet ? Sans concession, le cinéaste crée le malaise chez le spectateur, poussé à se demander où est et d’où vient le mal. Son cinéma en appelle non pas à la croyance du spectateur, mais à sa vigilance. Un cinéma rarement confortable, qui soulève des questions morales et pousse le spectateur à s’interroger sur ses propres limites.

Après A perdre la raison, inspiré par l’incrédulité suscitée par le geste effroyable de Geneviève Lhermitte, mère quintuple infanticide, Lafosse s’inspire à nouveau d’un fait divers récent avec Les chevaliers blancs, qui nous interpelle sur les limites et les dérives de l’action humanitaire, en s’inspirant de l’Arche de Zoé, affaire politico-judiciaire qui fit scandale parce des travailleurs humanitaires, prétendument bien intentionnés, tentèrent d’extraire illégalement des dizaines d’orphelins du Darfour, pour les faire adopter par des familles françaises.

Son dernier film, L’économie du couple, s’empare pour la première fois d’un sujet dont il n’est pas à l’origine, puisque le scénario de base fut écrit par Mazarine Pingeot et Fanny Burdino. Ce huis clos centré sur la fin d’un amour et la séparation d’un couple, sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes 2016, a été plébiscité par la critique et le public.

Avec talent, Joachim Lafosse s’est aussi immiscé dans la comédie avec Ça rend heureux (2006) en relatant les déboires autobiographiques et hilarants d’un jeune cinéaste plongé dans les affres d’un tournage sans le sous.

Son huitième opus, Le fils de la Loi est scénarisé et en cours de financement.