L’homme de sable : « Les territoires de la mémoire »

Sable 19 - page 3 le point de vue du réalisateur

Le réel et la mémoire

Une évidence : il n’est pas toujours aisé de mesurer l’importance et la place de la Mémoire dans le cinéma documentaire. Et s’il est parfois bien difficile d’expliquer les liens qui les unissent, c’est sans doute à cause de leur antagonisme apparent.

Ce n’est sans doute pas un hasard si le cinéma documentaire est souvent appelé « cinéma vérité ». Et si à bien des égards d’ailleurs, il dépasse l’intention pédagogique du reportage et de la simple retranscription des faits, sa fonction véritable est bien d’interroger le réel en utilisant un langage spécifique.

Comment mieux qualifier le travail et la démarche de José-Luis Peñafuerte dans ce nouveau film consacré à Thierry Michel, cet homme de sable infatigable et opiniâtre à transmettre des réalités qui dérangent comme autant de clés pour comprendre le monde … notre monde. En 40 ans de cinéma engagé et militant, de la Wallonie au Congo en passant par le Maghreb et le Brésil, Thierry Michel n’a jamais hésité à dénoncer l’inacceptable des dictatures et des régimes qui fondent leur légitimité sur la peur, la haine, la violence et les exclusions de toutes sortes … quitte à prendre des risques et à s’exposer. Car il en faut du courage pour oser dire non, pour résister et pour porter un regard critique sur certains faits.

Alors comment passer du réel à la Mémoire ?

On dit souvent qu’il n’y a pas d’avenir sans Mémoire. Que serions-nous si nous n’appartenions pas d’abord à notre passé ? Comment pourrions-nous exister sans la possibilité de nous regarder dans le miroir de l’Histoire ?

A l’évidence, il y a de multiples chemins pour effectuer cet indispensable retour aux sources. Le cinéma en général et le genre documentaire en particulier en sont une parfaite illustration. Car en confrontant notre regard au présent, il nous invite inévitablement à  nous souvenir et nous ramène sur les traces d’un passé qui a profondément marqué notre conscience humaine. Malheureusement, affirmer cette interaction ne garantit rien ! Il en va de la Mémoire comme du récit documentaire : le résultat n’est jamais acquis ! Ce constat permet de mesurer le chemin qui reste à parcourir. C’est aussi dans cette impossibilité que le présent rejoint le passé.

« La mémoire est la sentinelle de l’esprit ! » (W. Shakespeare)

Philippe Marchal

ASBL « Les Territoires de la Mémoire », Centre d’Éducation à la Résistance et à la Citoyenneté